Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 15:31
Le soleil d'août, torride, liquéfie ou assèche toute matière exposée à ses rayons ardents. L'air lui-même se déforme sous l'effet de la chaleur. Rien ne bouge dans le petit village.

L'étudiant moyen, en vacances, a terminé son petit-déjeuner et erre dans le salon quand! Soudain!  (notez, ami lecteur, l'habileté avec lequel le suspens est entretenu au moyen d'une coupure judicieusement placée et d'un "soudain" exclamatif de bon aloi, bien que la grammaire de la phrase en pâtisse quelque peu).

Quand! Soudain! (disais-je avant de me couper inopportunément) L'Ennui s'abat sur lui avec la vélocité du guépard fondant sur le pauvre zèbre sans défense. L'étudiant se débat, mugit, tente de s'enfuir, se précipite sur un livre, sur la télé, sur l'ordinateur, mais le combat est par trop inégal.
Bientôt l'Ennui le rattrape, l'étudiant est acculé, il tente bien, faiblement, de se raccrocher à un journal mais il est trop tard, c'est l'hallali. L'étudiant, tête basse, est vaincu, l'Ennui exulte.

Pour tromper ce redoutable prédateur, il n'existe qu'un moyen : la meute. La tâche n'est pas aisée. Les bus ne circulent plus, l'étudiant est donc isolé, seul, dans la campagne. Il essaye de joindre ses congénères, mais les uns après les autres, ils ont fui le redoutable fléau pour des contrées plus riantes ou sont allés se protéger en travaillant dans quelques bureaux obscurs où des gousses d'ail et les plus vénales pensées tiennent éloignées le redouté prédateur.
Enfin, l'étudiant trouve des camarades aussi isolés et exposés au danger que lui. Par un de ces miracles d'ingéniosité dont la nature à le secret, l'étudiant met alors en place un habile stratagème:
toute la journée, quand le Soleil veille, il attend dans sa tanière, volets fermés et tente de dormir. Lorsque vient la nuit et que les températures s'adoucissent, de la rue tranquille, en plusieurs endroits, au même moment, on entend le grincement d'une porte. Une paire d'yeux flamboyant en sort et perce les ténèbres naissantes. Pendant que l'astre de feu répand sur le monde abruti ses dernières flammes, les étudiants se retrouvent en villes et errent dans les ruelles obscures.
C'est le début d'une longue nuit de jeu et de débauches. Bar, restaurant, cinéma, promenade, jeux divers et variés, sport, tout les moyens sont bons pour refouler la chose abhorrée loin d'eux. Quand, au petit matin, le sommeil les prend pour les emporter prestement dans les bras inconscients de Morphée, un sourire satisfait orne leur jeune visage : ils l'ont repoussé une fois de plus. Puis un nouveau jour se lève et le grand cycle de la vie recommence.


Tout ça pour émettre quelques réflexions sur le mois d'août et l'ennui :
Le mois d'août est intrinsèquement le mois de l'ennui quand on ne suit pas le mouvement grégaire des départs massifs en vacances estivales : il n'y a plus personne et comme c'est les vacances, il faut bien occuper des heures habituellement passées dans le travail, la joie et la bonne humeur. Les premiers jours, ça ne pose pas de problème: on dors, on lit, on s'abrutit devant les écrans, bref on s'arrange. Puis on se lasse, on se dit qu'on a rien à faire et on s'ennuie. Une seule pensée occupe alors le cerveau : faire quelque chose. On y pense tellement qu'on se fait un emploi du temps de ministre : on voit des amis en permanence et à la fin, on se rend compte qu'on ne s'est pas ennuyé une seconde. L'ennui nous a tellement obsédé qu'on a réussi à ne jamais le rencontrer. C'est "le paradoxe du mois d'août".

Seconde réflexion :en pensant à ces braves écrivains-rentiers du XIXème siècles, on peut se dire que leur existence semblait particulièrement enviable : pas à travailler, pas à se préoccuper de sa subsistance, pouvoir vivre uniquement de nourriture spirituelle, d'amour et d'oisiveté totale, passer son temps à voyager, à combattre pour la liberté (Byron) ou la République (Hugo) et à écrire sous la dictée des Muses des oeuvres immortelles,  bref le rêve. Mais vivre au mois d'août a révélé  la cruelle réalité d'une telle existence, bien que certains indices ( Madame Bovary, tel passage d'Eugène Onéguine, un bout de Gide) aient pu mettre la puce à l'oreille aux observateurs perspicaces. Mais même ces indices se cachaient derrière les romanesques oripeaux de la fiction. La vérité sur ces écrivains-rentiers si enviés, la voilà: ils s'ennuyaient tous comme des rats morts et noyaient leur dépression dans l'absinthe et les réunions d'artistes où ils s'auto-complimentaient sur leur oeuvres si innovantes et si provocatrices pour le monde petit-bourgeois dans lequel ils s'engluaient jusqu'à leur mort. On est bien peu de choses.

Partager cet article

Repost 0
Published by Ten-Retni
commenter cet article

commentaires

San Kévino 08/09/2008 21:36

Alors là ! Je m'insurge ! Tant de débauche et de stupre, de médiocrité oisive, d'insouciance désœuvrée, vilement avilie à ces concupiscentes bassesses ! Je ne le puis tolérer !

On ne dit pas "obsures", mais "obscurs" ! On ne dit pas "c'est pas", mais "ce n'est pas", ou "c'est fort peu" ! Aaah, ces gens du nord, si peu habitués à nos divins enfers... Et ce n'est pas tout !
"Certe", sans s, cette parenthèse non fermée, Therry avec un h, ...

Ah la la ... Je ... Je ... Jeunesse décadente ...
Riez ! Chantez ! Oisivez à votre aise ! Vous verrez ... Quand vous entrerez dans le monde du travail !

Et qu'enfin, livrés à vous même, vous pourrez enfin, au prix d'un simple effort (cotiser quelques temps), être PAYES pour tout ça !

Ten-Retni 08/09/2008 23:07


Mea maxima culpa pour "certe" et "obscures" , mon nègre sera sévèrement fouetté (d'ailleurs, mes excuses à DiDay qui m'avait déjà fait remarquer la faute, mon nègre chargé des commentaires sera
également chatié avec la dernière sévérité). Pour la parenthèse manquante, je ne la vois pas. Cela dit, je tiens à m'insurger contre le procédé qui consiste à faire d'aussi basses et mesquines
attaques, espèce de saint de pacotille, tout ça parce que tu as le correcteur de mozilla sur ton propre blog pour t'éviter de faire des fautes je parie, tsss...


Mateur bizarre 25/08/2008 22:33

J'ai bien ris.
Car ce soir, j'ai succombé.
C'est supercool d'être étudiant. :p
Comme le dit si bien Rincevent dans les Therry Pratchett, l'ennui est quelque chose de trop rare pour qu'on ne le déguste pas (Oui j'sais, chacun sa culture).
Au moins à la vitesse où s'égrainent les minutes, on ne peut pas dire qu'on perd son temps...

Ten-Retni 26/08/2008 22:11


Très bonne référence que voilà (ça me fait penser à "De bons présages", ou comment faire un super démon nouvelle génération); c'est vrai, il faut savoir s'ennuyer, ça permet de savourer le temps
qui passe.


DiDay 11/08/2008 11:55

"bureaux obscures", c'est pas joli joli ça.

Et puis on passe de l'isolement total de l'étudiant, sans moyen de locomotion ni ami, à la nuit de débauche en ville avec plein de monde (comment y est-il arrivé jusqu'à Sodome ? elle n'existe pas en journée ? où sont ses amis ?).

Partant de là, et fort de mes expériences personnelles (trois années d'oisiveté), j'ai envie de dire que l'étudiant il est un peu porté sur l'apitoiement sur soi quand il sort de son cadre d'étude. L'ennui ne triomphe pas d'une belle victoire, l'étudiant pose généralement les armes sans combattre. Car on peut le voir aisément dans ce texte, à tout moment l'étudiant a eu à sa portée des lieux et des personnes à fréquenter.

Ten-Retni 11/08/2008 19:50



Personnellement "bureaux obscures" ne me choquent pas plus que ça (d'un point du vue purement sonore en tout cas), mais chacun ses sensibilités. Pour le passage de l'isolement à la nuit, le
contraste est voulu et assumé (avec même un semblant d'explication dans le fait que le jour il fait trop chaud pour sortir).Ce que tu dis sur l'étudiant est certes vrai mais il ne m'a pas semblé
affirmer avec conviction le contraire (je ne crois pas nécessaire de préciser que le récit du combat entre l'ennui et l'étudiant tient plus du divertissement que d'une description fidèle.
D'ailleurs j'ajouterais que je n'assimile pas l'étudiant type à un quelconque bovidé et qu'aucun étudiant n'a été brutalité durant la réalisation de ce texte). L'étudiant a effectivement à sa
portée des lieux et des personnes à fréquenter et je le dis clairement par la suite : de peur de s'ennuyer, il passe son temps à fréquenter lesdits lieux et personnes.



Présentation

  • : Des miscellaneés, le blog de Ten-Retni
  • : Remarques diverses et variées sur différents sujets, plus ou moins culturels, pseudo-profonds et même vaguement ironiques voire humoristiques par endroit.
  • Contact

Recherche