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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 16:08
Les oeuvres littéraires se divisent en deux catégories : les bonnes et les mauvaises. Pour débusquer ces dernières, on peut se reposer sur une théorie que mon intuition m'a fait élaborer : la théorie du verre d'eau.

En effet, peut-être avez-vous déjà senti, ami lecteur, en parcourant innocemment une oeuvre littéraire ayant toute les apparences de l'honnêteté, un malaise diffus s'emparer de vous et allant en s'accroissant au fil des pages jusqu'à ce que, en refermant l'ouvrage, la révélation se fasse, aussi implacable qu'un sabre de bandit albanais : ce livre était une merde!
Pour éviter d'aussi brusque déconvenue, il est aisé à qui sait voir de repérer, éparpillés au gré du livre, les petits indices de la médiocrité profonde et même, n'ayons pas peur des mots, carrément essentielle de l'objet.

Le phénomène le plus révélateur est sans doute celui du verre d'eau, car il représente toute l'inutilité de descriptions qui sont là uniquement parce que l'auteur ne savait pas quoi dire et était payé au nombre d'hectare de forêt rasé pour l'impression. En effet, qui n'a jamais lu, dans un roman policier par exemple, un passage de ce genre :

"On a retrouvé le cadavre découpé en deux parties commissaires, même que le môme, il a pas pu s'empêcher de rejeter son café du matin" dit l'inspecteur Blaireau de sa voix rocailleuse de fonctionnaire expérimenté, observateur et raffiné en entrant dans le bureau de son supérieur hiérarchique.
- Les modalités concordent avec les meurtres précédents, Blaireau? demanda celui-ci sans se départir de sa fascination pour un trombone de couleur jaune.
-Pour sûr commissaire, même genre de boucherie j'vous dis. Enfin, c'était plus propre que pour celle qu'on a retrouvé à moitié mangé en haut de la grande roue, mais ça correspond. Il y avait le même message : "Sales flics, attrapez-moi si vous le pouvez!"
Le commissaire, quittant son bureau, alla se servir un verre (en plastique) d'eau à la petite fontaine du couloir en appuyant sur le bouton bleu prévu à cet effet, le vida et revint se poser face à son subordonné pour lui faire part, le cure-dent à la bouche, de ces raisonnements de génies qui l'avaient placé là où il était et forçaient le respect de tout son entourage:
"J'ai bien réfléchi Blaireau, et mon intuition me dit que, dans cette histoire, nous avons à faire à un dangereux maniaque, pire, à un tueur en série, qui, par ses crimes, provoque la police et a inconsciemment envie de se faire arrêter... Et mon intuition me trompe rarement Blaireau!" ?


Au-delà de la finesse de l'intrigue et de la subtile peinture des caractères, un indice permet de savoir que cette littérature relève de la mauvaise littérature (qui ne se cantonne pas à la littérature policière, ne soyons pas sectaire: la fantasy, avec ses histoires de petits sorciers devant sauver le monde, fournit un creuset très apprécié de la médiocrité littéraire) : le passage avec le verre d'eau.

Absolument inintéressant, très détaillé, plat, sans relief, n'apportant aucune information utile pour la connaissance des personnages ou le déroulement de l'intrigue. Attention, les mauvais auteurs choisissent soigneusement leur indice de médiocrité : ici, rien n'est à sauver. On ne peut même pas dire que le commissaire est particulièrement sobre, non : c'est juste qu'il avait soif et qu'il est allé boire un verre d'eau, comme le ferait n'importe quel être humain normalement constitué face à ce genre de situation.

Les descriptions sans intérêts sont signes de faiblesses littéraires et plus particulièrement les passages où les personnages se servent un verre d'eau. Et mon intuition me trompe rarement ami lecteur. Soyez attentifs et vous verrez... c'est la théorie du verre d'eau.

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Published by Ten-Retni - dans De la narration
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commentaires

monsieur le chien 29/08/2008 01:49

Ciel un blog avec des clichés litteraires ou à tout le moins de narration, analysés! je vais revenir!
Pour ce qui est de mon arrêt, non, je suis fidèle à ce que j'ai dit mais vous ne m'avez donc pas lu : j'ai dit ue j'arrêtais MAIS que je faisais encore dix "vraies" pages, à savoir de BD pure, pas des trucs où je raconte que je vais en dédicace à tel endroit etc. Là, il m'en reste encore 4 ou 5 à faire. Vous voyez, je ne fais pas ma diva, je préviens, je partirai et je reviendrai avec un autre site, très différent. D'où l'intérêt de s'inscrire sur ma mailing list pour être prévenu du titre de ce nouveau site. ^^

Ten-Retni 30/08/2008 14:42


Ah oui fichtre, vous aviez bien prévenu, mais c'était en juin, c'est-à-dire il y a une éternité, alors comme il fallait en plus saisir la subtile distinction entre vraies pages et les
autres...Enfin, de toute façon je suis inscrit sur la mailing liste, vacciné contre le tétanos et assuré tous risques donc je peux affronter sans crainte les futurs aléas du monde sans pitié des
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