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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 10:31

Aujourd'hui, apprenons à écrire du Lovecraft. Pas d'inquiétude, il n'y a rien de plus simple.


Tout d'abord prenez un homme, d'un âge médian. Environ trente-cinq ans. Même si son état civil indique moins, il doit avoir vieilli prématurément (ou alors il vieillira prématurément au cours de notre histoire ce qui revient au même).


Il doit être assez vigoureux pour supporter les épreuves physiques et qui l'attendent, ce qui exclue les vieillard, tout en étant assez mature pour faire un investigateur crédible et supporter les épreuves mentales (oh combien pire que les physiques) qui l'attendent également, ce qui exclue les enfants et les adolescents.


Il appartient généralement à ce que l'on pourrait qualifier, grâce aux subtiles nuances de la langues anglaises, de « high middle class » voir de « high class ». S'il a un métier, il vaut mieux qu'il lui confère quelque aura de connaissance et de sérieux qui l'aideront à témoigner de sa sincérité même dans les passages les plus incroyables de son récits. Médecins peut faire l'affaire. A défaut, il peut exercer une activité expliquant une curiosité maladive qui l'entraînera à sa perte et sans laquelle jamais il ne se serait jamais avancé aussi loin dans l'insondable (mais je vois que je m'avance inopportunément). Journaliste ou rentier piqué d'occultisme sont des exemples satisfaisants. D'ailleurs, disons-le tout de suite, bon gré, mal gré, le héros devra forcément se piquer d'occultisme.


Il est préférable que le héros soit  le narrateur afin de plonger plus efficacement le lecteur dans les évènements racontés (quoiqu'une variante fasse du narrateur un simple témoin -voir le post-scriptum [mais ne nous laissons pas abuser par une ruse aussi grossière : cela ne change pas grand chose, le narrateur-témoin s'avançant quasiment aussi loin dans l'insondable que le "héros" en titre, un peu comme le Dr. Watson si vous préférez, mais ne nous égarons pas trop]).


Histoire de le mettre dans le bain (je parle du lecteur, pas du docteur Watson ni du héros, suivez un peu!), l'introduction devra nécessairement suivre un schéma bien particulier: le héros-narrateur est fou ou presque -s'il sent la mort très proche c'est encore mieux- il peut d'ailleurs être dans un hôpital voire même un asile (celui d'Arkham a une longue expérience de ce genre de cas) ; il met par écrit les événements dont il a été témoins pour soulager sa conscience et laisser un témoignage des horreurs indicibles qui existent en ce bas-monde. Il ne sait en fait plus très bien si ses souvenirs sont le reflets de faits réels ou le produit de son pauvre esprit malade et de ses cauchemars innombrables.


Les précautions d'usages établis, il se met à relater l'histoire elle-même. Disons-le toute de suite, peu importe son contenu exact.


En fait, et c'est toute la force des histoires lovecraftienne, l'intrigue peut se baser sur tout et n'importe quoi. Dans les oeuvres du maître, la trame revient toujours à peu près au même : le héros est tombé sur un vieux grimoire ou une vieille maison à laquelle était rattachée une horrible légende. Il approfondit un peu, il farfouille, il commence à voire des ombres ou à lire des livres semblant contenir une vérité cachée et -car- horrible. Il commence à nourrir un intérêt obsessionnel pour son sujet d'investigation.


Son état physique -miroir de sa santé mental- se dégrade. Pour se prévenir des dangers -manifestes désormais bien qu'impossible à définir clairement et situés hors du champs de compétences des institutions traditionnelles chargées du maintien de l'ordre et de la protection des honnêtes citoyens blancs de la "high middle class"- auxquelles son enquête l'expose, notre héros peut s'associer une ou deux personnes de confiances (homme de mains, amis, parents quelconque). Ces faire-valoirs sont là pour mourir dans d'affreuses circonstances et précipiter la dégénérescence psychologique du personnage principal.


Profitons-en pour énoncer une des lois du genre lovecraftien : il doit y avoir au moins un mort (ou, pour préférer un euphémisme qui conserve le charme diffus de l'incertitude, une disparition définitive plus ou moins inexpliquée). Si ce n'est pas le héros (dont la survie peut être rendue obligatoire par la nécessité d'avoir un narrateur pour raconter l'histoire), alors ce doit être un faire-valoir (sans parler des innombrables et mystérieux meurtres ou disparitions qui provoquent parfois la curiosité du oisif investigateur).


Bref, à la fin des circonvolutions plus ou moins alambiquées de l'enquête, le héros se
retrouve face au dénouement de l'intrigue qui se manifeste souvent en la personne (si l'on peut dire) d'une abomination sortie tout droit de mystérieux plans infernaux qui lui fait définitivement perdre la raison.

 


Maintenant, parlons du plus important : le style.


Globalement, Lovecraft étant l'héritier direct du roman gothique du XIXème siècle, Allan Poe etc., étant lui-même un auteur de la fin XIXème/début XXème, le style général est assez recherché et systématiquement à la première personne, affectionnant les lettres, notes et journaux intimes.


Cependant, la langue lovecraftienne possède une petite particularité qui a fait son succès: c'est la langue de l'indicible.

C'est pourquoi la qualité d'une nouvelle relevant du genre se mesure au nombre d'expression abordant l'indicible quantifiable dans une page. Une expression par page est un strict minimum. Cependant, comme dans n'importe quelle oeuvre littéraire de qualité, il importe d'éviter les redondances. C'est pourquoi le dévoué Howard Philip a développé une langue particulièrement riche visant à présenter la même idée. Ainsi, on pourra utiliser les adjectifs (ou leur substantifs de la même famille) suivants :  indicible, insondable, horrible, affreux, dément, malade, fou, maudit, fantastique, inimaginable, tragique, monstrueux, sinistre, infernal, diabolique, impensable, anormal, terrifiant ou tout autre pouvant s'en rapprocher.


De manière générale, le héros se frottant à des forces dépassants l'imagination et le pensée humaine,  il convient de mettre des superlatifs un peu partout : ainsi rien ne sera grand mais gigantesque ou titanesque, pas de petit mais que du minuscule, les histoires anciennes viendront du fond des âges immémoriaux et non de la grand-mère du coin, les nuits se devront d'être éternelles au lieux d'être simplement longues pour la saison, une pièce ne sera pas légèrement sombre à cause des nuages mais plutôt aussi ténébreuse que les plus profondes abysses.

Les créatures (car Lovecraft, c'est aussi son bestiaire de grosses bébête venues du fond des âges immémoriaux elles aussi) défieront l'imagination humaine et les lois de la physique traditionnel ou de la géométrie euclidienne par leur monstruosité, ne se limiteront pas au plan tri-dimensionnel, et, pour résumer, les évènements au centre de l'histoire (monstres, nécromancie, commerce avec des démons) seront des choses que la raison humaine n'est pas censée connaître.


PS : il  existe une variante au schéma sus-énoncé : le narrateur y est le témoin plus que le personnage principal. Ce dernier est un ami du héros mentalement instable, aux obsessions morbides et occultes etc. Il va sans dire que celui-ci finit par trouver la mort dans d'affreuses circonstances (au hasard, en se frottant à une abomination sortie tout droit des plans infernaux etc. etc.), ce qui ne manque pas de traumatiser son meilleur ami/ témoin/ narrateur, qui écrit de sa cellule d'asile le récit d'évènements dont il met lui même en cause la crédibilité tellement ils paraissent horribles etc. etc. Comme vous le voyez, ça ne change pas grand chose, c'est juste histoire de varier. A la limite, ça fait juste un peu plus penser à un mélange de Sherlock Holmes et d'Edgar Poe.

 

PPS : il est a noté que Lovecraft s'est parfois éloigné de ce type de schémas narratifs pour faire des histoires certes fantastiques mais moins horrifique que l'on pourrait situer entre Poe et Borges. Elles peuvent valoir le coup d'être lu et, je vous rassure, elles restent empreintes de ce dérangement mental qui fait tout le charme de l'auteur et de so oeuvre.


PPSS: je me rends compte que j'ai oublié de parler de Chtulhu, vous aurez donc droit à des tentacules et des phrases incompréhensibles une prochaine fois.


PPPSS : histoire de montrer que Lovecraft se laisse bien imiter (si la myriade d'imitations produites depuis par les BDs et romans ne suffit pas à vous convaincre), je suis prêt à essayer de vous montrer, ami lecteur, en toute exclusivité un texte lovecraftien basé sur un sujet laissé à votre convenance (vous pouvez laisser vos idées dans les commentaires).

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Published by Ten-Retni - dans De la narration
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commentaires

K 13/11/2008 15:33

Mouahahaha !
Nous sommes lovecraftiens !

Ten-Retni 13/11/2008 16:47


Je vois ça oui (surtout DiDay, il m'a maché le boulot là). bon, bon, bon, ben on va essayer de faire avec tout ça...(vous êtes pire que lovecraftiens en fait).

PS: bonne nouvelle pour Gurren Lagann, moins bonne nouvelle pour ceux qui l'ont pas encore vu et qui vont devoir payer (uh!uh!uh).


S. 13/11/2008 12:30

Ok, c'est comme dans les desserts : plus y'en a meilleur c'est.
Je propose donc un cumul des propositions.

K 12/11/2008 16:12

Sujet : Winnie est très malheureux : La princesse Candy a besoin de sucre d'orge pour son petit poney. Mais il n'a que du miel importé illégalement des States par son ami Yakari, alors que se trame une relation entre Casimir et Belle. Heureusement Ken viens de recevoir son nouveau coupé sport.

Zerh 12/11/2008 02:15

Sujet: Notre héro doit absolument jouer a des jeux vidéos/relever son courrier/se masturber et internet refuse de marcher.

S. 11/11/2008 22:20

Rien à voir : Gurren Lagann est licencié en France.

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