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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 13:19

L'ami lecteur comprendra aisément la déception qui s'ensuit, et qui ne fait que s'accroître dans la scène où, dans le livre, l'infortuné sujet britannique voit une ombre inquiétante (oui, dans ce genre d'histoire il y a beaucoup d'ombres inquiétantes, mais on s'y fait) descendre le long du vertigineux à-pic (notez bien, ami lecteur, que tout à-pic est forcément vertigineux, ou escarpé à la rigueur, parfois les deux mais au moins l'un des deux, il en va de la crédibilité de l'à-pic) des remparts plongeants dans les ténèbres nocturnes et sylvestres.
En lieu et place d'un spectacle dont le flou et l'incertitude permet à l'honnête gentleman londonien, calé dans ses pantoufles et son fauteuil, de savourer le plaisir de s'encanailler à peu de frais (et surtout sans que sa femme le sache) en lisant des romans aussi sulfureux que celui de ce Mr. Stoker, en lieu et place, donc, de ce doute qui fait toute l'efficacité du récit gothico-horrifique depuis Edgar Allan Poe jusqu'à Ségolène Royal, on se retrouve avec la vision parfaitemant distincte d'un châtelain des Carpates jouant au gecko en rempant avec célérité le long du mur, toujours avec sa coiffure d'apocalypse et sa cape rouge vif démesurément longue.
Inutile de dire qu'un grand seigneur vampire qui se retrouve réduit en moins de 5 minutes à l'état de gecko en mal de coiffeur compétent souffre d'un déficit de classe qui sera difficile à combler (même lorsqu'il prendra l'apparence d'un Gary Oldman habillé en dandy victorien). Troisième choc.


Cette entrée en matière pour le moins dévastatrice a au moins le mérite de préparer le lecteur à ne plus guère se formaliser lorsqu'il voit le même Dracula transformé en un genre de bestiole grande et poilu dont la silhouette générale n'est pas sans évoquer les plus intéressants spécimens de gorillinés que nos petits-enfants auront peut-être la chance de voir empaillés ou en carpettes lorsque les braconniers qui sillonnent les tropicales contrées de la planète auront terminé leur basse besogne avec la conscience professionnelle et écologique qu'on leur connait pour le plus grand plaisir des amateurs d'aphrodisiaques chinois.

S'ensuivent évidemment des symboles sexuels d'une légèreté à faire frémir de plaisir un professeur de français (et pourtant, ce n'est pas à un professeur de français qu'on apprend à mettre des symboles sexuels partout, comme dit le proverbe), comme ce passage où à un chien (Dracula himself) qui s'allonge sur une belle pucelle (elle-même en nuisette et dans son lit) succède l'image d'une rose qui se fane.
A partir de ce moment là, tout est dit : Coppola en avait marre des aventures pleines de testostérones qui fleuraient bon le napalm et le sang de taureau au petit matin : il lui fallait des femmes, peu vêtues, lesbiennes, sensuelles et violées par un orang-outan puis par un chien.

Et c'est là un grand reproche que l'on peut faire au film : il se serait intitulé Dracula tout court que bon, on se serait dit que c'est la vision du mythe propre au cinéaste. Le petit problème vient du Bram Stoker's qui le précède. Mais on développera ce point la prochaine fois.

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Published by Ten-Retni
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Zerh 15/09/2008 09:17

J'ai bien aimé Dracula de Coppola, il fait partie de ce club très fermé mais qui tend a s'ouvrir des mauvais films qui deviennent bons dès qu'on passe au troisieme ou quatrieme degrès de visualisation (l'alcool aide)

excellent blog, sinon

Ten-Retni 19/09/2008 17:17


Bien sûr, il est possible d'aimer Dracula (après tout, il paraîtrait qu'il existe des gens qui aimeraient l'histoire d'amour entre Roméo et Juliette, comme quoi, tout est possible). Et il est
certain que cette catégorie de film existe (et certaines substances aident beaucoup : je suis intimement persuadé que "Las Vegas Parano" devient un chef d'oeuvre de l'histoire cinématographique dès
lors qu'il est visionné à 4h du matin après 2 rails de coke, 3 verres d'absinthe et quelques prises de mescalines). Quoiqu'il en soit, le problème des films qui deviennent bon au bout de la
quatrième fois, c'est qu'il faut les regarder mauvais les trois premières...


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