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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 23:26
Vous avez BESOIN d'agrafes, disais-je, et, par voie de conséquence, du responsable des agrafes.

Premier souci : son bureau se situe au septième étage. Ne tombons pas dans la facilité et le travers -trop facile en de pareil cas- de la loi de Murphy (dîtes aussi loi de l'emmerdement maximal ou loi de la tartine de confiture) : l'ascenseur marche.
La porte de ce dernier s'ouvre dans un petit "cling" mélodieux. Le couloir est désert et silencieux. Prudemment, vous vous approchez du bureau du responsable aux agrafes. La porte est fermée, c'est mauvais signe. Le dos collé au mur, vous allongez lentement votre bras pour cogner trois coups brefs. Aucune réponse, il est absent. Vous vous adressez alors au bureau voisin, dans lequel on vous répond qu'il est sûrement chez le responsable des trombones. Ce dernier, si vous avez la chance de le trouver, ignorera totalement où se trouve son cher et estimé collègue puis vous renverra à l'accueil avec une moue de sympathie compréhensive (lui aussi a sûrement cherché un responsable quelconque lorsqu'il était encore jeune et naïf).

Vous descendez au rez-de-chaussée, l'accueil vous renvoie au quatrième où selon certaines sources sûres le responsables des agrafes aurait été aperçu dans la matinée. Plein d'espoir et de persévérance, vous suivez les indications.
Le quatrième ne comporte pas le moindre responsable des agrafes (C'est là que la remarquable faculté d'omniabsence des responsables saute aux yeux : ils ont l'étrange pouvoir d'être nulle part à la fois!). Cependant un gobelet de café accusateur traîne par terre, le résidu noirâtre encore tiède: vous êtes sur la bonne piste. Il a du aller prendre l'air à la terrasse du cinquième, bien connue par les habitués pour être particulièrement agréable et offrir une vue inégalable sur le fleuve et les petites stagiaires de la photocopieuse. Vous avez vu juste : une cigarette finit de s'y consumer.
Des traces de pas mouillés (il a plu sur la terrasse la nuit dernière) vous conduisent vers la cage d'escalier où se répercutent les échos métalliques d'une descente rapide. Mu par un réflexe quasi-félin, vous bondissez à votre tour. Heureusement pour vous, vous êtes jeune et plein d'énergie alors que le responsable aux agrafes est déjà vieux et usés par une pratique sportive digne de gastéropodes asthmatiques et une consommation abusive de tabac espagnol; vous le voyez prendre la porte du 3ème étage; vous le rattrapez en quelques enjambées.
Après une lutte courte mais violente ("Bonjour Monsieur ! J'aurais besoin d'une paquet d'agrafes, s'il vous plait..." dîtes-vous avec la courtoisie consommée de celui qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins -en l'occurrence, obtenir un paquet d'agrafes, celle de 6mm, de couleur cuivre, parce que c'est plus jolie-. L'interpellé répond, gêné de s'être ainsi fait coincé, anticipant sur le regain d'effort et d'ennui que va lui causer cette prévisible requête:  "Bonjour...un paquet d'agrafes, ah oui, bien sûr, bien sûr...oui, un paquet d'agrafes, c'est vrai...hum"), le responsables des agrafes est vaincu telle la vache récalcitrante ligotée aux pieds du cow-boy satisfait.

Il se rend compte qu'il n'a pas la clé sur lui. Il doit aller la demander au responsable de la décoration qui fait grande consommation d'agrafes.
C'est reparti... Trois étage, cinq couloirs, des demande à dix personnes différentes, trois relevé d'agrafes cassées (calibre 8 millimètre) et deux témoignages concordant plus tard, on le coince dans son bureau. Il finit par remettre la clé à son légitime détenteur, enfin !
Fourbu, exténué mais triomphant, vous accompagnez la clé -et son porteur le responsable des agrafes- vers le bureau contenant l'armoire à fourniture. Cette dernière s'ouvre sans résistance, plus rien ne peut se mettre en travers de votre chemin, vous exultez; bientôt, cette maudite liasse sera agrafée, le carton classé, l'étagère rangée, le supérieur hiérarchique direct contenté, le monde continuera de tourner comme une machine bien huilée, et tout cela,, oui tout cela, uniquement grâce à votre abnégation, votre détermination, votre ruse et votre courage sans faille. La démocratie et l'économie mondiale peuvent dormir sur leur deux oreilles. Le responsable des agrafes ouvre le tiroir et saisit la boîte à agrafes.
Elle est vide.

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Published by Ten-Retni
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