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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 17:16
Continuons notre étude des représentations des déclinaisons tabagiques que l'on peut trouver dans les méandres boueux de l'inconscient occidental et abordons cette fois le thème, infiniment plus riche, du tabac qui se fume dans une pipe, une cigarette, un cigare ou un narguilé. On peut résumer en affirmant qu'à chacun de ces médium correspond un type de caractère. Aujourd'hui, la clope


-le fumeur-homme d'action :
Le fumeur de cigarette est un homme d'action, un nerveux, un intuitif. La cigarette, c'est l'accessoire indispensable du baroudeur, de celui qui ne doit pas s'encombrer et a besoin de sa pleine liberté de mouvement pour chevaucher à travers les hautes plaines désertiques du Nouveau-Mexique, pour ramper dans des conduits d'aération ou pour arroser un certain périmètre (rempli d'humanoïde plus ou moins hostiles pour ne pas dire franchement belliqueux et animés d'intention meurtrière) avec une arme envoyant des projectiles létaux à grandes vitesse au moyen de gaz produits par déflagration.

Bref, la cigarette, c'est pour les aventuriers, les musclés, les tatoués, les privés, les cow-boys, les soldats (représentez-vous un de ces casques de Marines au Vietnam avec un paquet de cigarettes passé dans la bande l'entourant et remplacez les clopes par un narguilé...avouez que ça ne serait pas la même chose). C'est l'outil parfait à triturer, jeter, écraser, le tout avec une neutralité et une discrétion inégalée par le cigare, c'est ce qui vous pose instantanément une personnalité sombre de personnage pas commode qui vient de se réveiller avec une gueule de bois, un macchabée sur les bras et une enquête à résoudre presto.


Sous-catégorie du fumeur de cigarette-homme d'action : le porteur de l'apocalypse.

La cigarette est l'indéfectible compagnon de l'annonciateur de l'apocalypse, du génie du crime, de celui qui, vêtu d'un long manteau flottant au vent qu'il porte très bien, cachant son visage dans les ombres ou sous un chapeau (ou dans les ombres de son chapeau), quitte la scène de l'action en jetant négligemment derrière lui sa cigarette dans le baril de poudre ou le ruisseau de pétrole qui va déclencher l'enfer sur terre (ou tout du moins sur la pièce, j'en profite pour signaler que le lien permet de voir également un bon exemple de fumeur appartenant à la sous-sous-catégorie des fumeurs mélancoliques [cf. plus bas] : "le condamné à mort résigné").
C'est ce genre de petit geste qui fait tout le charme de la cigarette, ce jeté à l'air de "presque rien" qui semble en fait crier au public "Bon allez, fini de rire  [sous-entendu de "j'ai fini ma pause-cigarette"], maintenant déclenchons l'enfer sur terre ou-tout-du-moins-sur-la-pièce, c'est que j'ai une apocalypse à annoncer moi".


Autre catégorie du fumeur de cigarette : le mélancolique.

La cigarette ne fait pas que montrer de façon sûr qu'elle représente une obéissance bien contrôlée aux lois primaires de l'intuition, elle est également l'apanage des personnages qui contrôlent leur vie en faisant du dandysme et de l'élégance non pas un simple moyen, mais, plus qu'une façon d'être, une fin en soi exprimant leur mélancolie profonde. Cet esthétisme de la clope s'explique par deux choses:


chose numéro 1 : La règle peut s'appliquer pour tout ce qui se fume de par le monde, toutefois elle est particulièrement vrai pour les fumeurs de cigarettes (car rien n'est mieux que la cigarette pour faire le mélancolique) : la classe du tabac réside pour beaucoup dans sa capacité à produire de la fumée, c'est évident. Si les patch anti-tabac, les sucettes à la fraise ou les chewing-gum mentholé étaient capables de faire de la fumée, soyez sûr que plus un seul fumeur (à part Tom Waits peut-être) n'arpenterait encore cette planète.
Car rien ne vaut une légère fumée soufflée avec une élégance contemplative empreinte de rêverie pour vous poser en vrai mélancolique qui, assis en haut d'une colline face à un coucher de soleil (ou face à un champ de bataille après la boucherie ou sur une terrasse face à la pluie), pense à la vanité de l'existence, à la futilité des actions humaines ou à l'absurdité de l'amour en tirant pensivement sur une cigarette puis en regardant avec poésie la fumée s'élever vers les sphères lointaines et éthérées d'un ciel où tout n'est que calme et volupté (bon, en général, ce genre de scène mélancolique se clôture souvent de ce genre de façon : le personnage, sortant de ses songes amers et doux, se relève, s'époussète, reprend son fusil à lunette à visée laser puis retourne exécuter la tuerie pour laquelle une forte somme lui permettra de continuer à faire pleins de mélancoliques ronds de fumée sur une plage des tropiques).

chose numéro 2 :La cigarette aide beaucoup les mélancoliques grâce à la discrétion dont on a déjà parlée : étant faite pour être tenue et triturée l'air de rien, elle permet de camper de façon très crédible un personnage qui a besoin de quelque chose pour occuper ses mains et se composer ainsi sans effort une attitude de blasé nonchalant (et secrètement mélancolique car profondément blessé par l'existence, la vanité de la vie, l'absurdité de l'amour etc. Heureusement, Marlboro et une bonne bouteille de scotch sont toujours là pour l'assister dans les moments difficiles).
Vous croyiez que c'était Humphrey Bogart qui faisait ressortir la cigarette, mais non : c'est la cigarette qui fait ressortir Humphrey Bogart.




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Published by Ten-Retni
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