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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 14:05

Mais non, disais-je avant de m'auto-interrompre pour de basses raisons de rationnement des articles et de compassion envers l'esprit du perspicace lecteur fatigué par tant de petits caractères successifs.

 

Mais non donc.


Ce serait trop présumer du scénariste moyen de ce début de XXIème siècle dégénéré.


Dans 90% des cas (et encore, je suis sans doute en dessous de la réalité mais j'aime à croire que je suis un grand optimiste -ma foi en l'espèce humaine me perdra-), le terrible secret se résume à ça : Jésus était une femme! (ou un extraterrestre ou son père [euh...] ou son frère ou a été papa ou s'est marié etc. etc.).

Evidemment, ce secret est farouchement défendu par les rares personnes et institutions qui le connaissent et le protègent: l'Eglise catholique ou quelques sectes perverses équivalentes: Templiers, Francs-maçons, Jésuites ou Cabbale juive, bien que cette dernière soit assez peu en vogue depuis la politique passablement controversée mise en place par le gouvernement allemand dans les années 1930/1940.  Du coup, on a pu observer que la mode s'est nettement déplacée vers les premiers, dont les derniers et plus vigoureux représentants se sont éteints -si je puis dire- sur le royal bûcher en 1314,  et sont par conséquent moins susceptibles que les organisations juives de traîner le scénariste sans scrupules devant les tribunaux.
Ces avantages judiciaires ne sont sans doute pas sous-estimés par les maisons d'éditions : j'en veux pour preuve qu'à part les templiers, ce sont les Francs-maçons qui sont souvent choisis. Or la Franc-maçonnerie ne peut pas, par définition, provoquer un procès puisque cela la forcerait à se montrer au grand jour. Et quoi de plus absurde qu'une société secrète qui se montre au grand jour, je vous le demande?




Comme on aurait pu s'en douter devant pareil cas de médiocrité littéraire en ces temps d'essor fulgurant de collections telles que "Soleil : celtique" ou « Soleil : secret du vatican », le principe de la surenchère est de mise dans de pareille BD.

Vous apprenez que Jésus était une femme. Bon. Vous vous dîtes que c'est déjà pas mal.

Mais c'est oublier que les lois narratives de commerciaux incapables de distinguer un Nabokov d'un collection Harlequin stipulent avec l'esprit admirablement étriqué d'un scout pré-Vatican II qu'il faut aller toujours plus loin.

C'est pourquoi vous apprendrez au second tome que Jésus, fils-fille de Marie était également sa soeur.


De plus, afin d'ajouter du piment, il y a plusieurs organisations secrètes qui se déchirent pour la possession ou la sauvegarde du secret.

Ainsi, « ils » sont partout. Et essaient de faire taire le héros, tandis que « eux » suivent le même héros pour profiter de ses découvertes.

Les protagonistes de base sont donc:

- le héros.

- «Ils» (une organisation secrète -les méchants-).

- «Eux» (opposés à «Ils», ils peuvent aider le héros mais ne sont pas totalement gentils non plus [ça reste une organisation secrète après tout]).



De manière générale d'ailleurs le scénariste ne recule devant aucune accumulation pour faire de son complot ésotérique le plus complotiste et le plus ésotérique des complots ésotériques.

Prenons le Triangle Secret (qui, soyons honnête, a la vertu d'être relativement ancien et donc plus original que les pseudo-bds du même acabit qui envahissent actuellement nos librairies).

Déjà, dès les quinze première pages du premier tome, on peut voir :

-des apôtres chrétiens rassemblés en assemblée secrète.
-un ami mort du héros léguant post-mortem des paroles mystérieuses sur une découverte sensationnelle qu'il était sur le point de faire. Bien entendu, il conjure son ami l'historien blond viril (d'ailleurs il fronce les sourcils et fume une cigarette, preuve incontestable d'un caractère décidé et une intelligence éveillée) d'oublier toute cette histoire passionnante et cette imminente découverte d'une importance inégalée par des allusions suffisamment diffuses pour titiller la curiosité du héros et du lecteur sans révéler de réelles raisons d'avoir peur.
-des Francs-maçons.
-des templiers.
-un livre secret.
-les manuscrits de la Mer Morte (qui n'ont a priori rien de bien mystérieux et concernent une secte juive; mais l'importance de la découverte, qui fut médiatisée en conséquence et dont on fêta les 50 ans en 1997, permit de les inclure dans les "sujets propres à faire fantasmer la plèbe abrutie de sujet new-age").
-Et même, même, une discrète et innocente allusion aux jeux de rôle. Aucun rapport avec l'intrigue, le scénariste s'est juste amusée à glisser "jeu de rôle" dans l'un de ses dialogue, sans doute dans le but conscient de créer des messages subtilement subliminaux renforçant l'impression d'étouffement empreinte de paranoïa jouissive (car le lecteur devient un initié, il sait lui aussi, désormais) se dégageant de l'ensemble de l'oeuvre(puisque les rôlistes sont associés de très près aux templiers, aux Francs-maçons et aux histoires ésotériques, c'est bien connu).


C'est déjà bien. Mais pas assez. Dans la seconde moitié du tome, on voit que le Vatican est impliqué et l'album se clôt sur la révélation que Jésus avait un frère et que c'est lui qui est mort en croix (Tadâm!!). Là, le lecteur perspicace dira que bon, ça y est, on le connait enfin ce fichu secret si terrible.

Le pauvre fou.

Le second tome se clôt sur la révélation que Jésus avait une femme et un gosse (Tadâm!! derechef).



En résumé : le templier brûle bien par temps sec et le complot ésotérique, c'est mal.


Si vous voulez lire une bonne histoire de complot ésotérique, prenez le Pendule de Foucault, d'Umberto Eco. C'est érudit, amusant, réaliste et Jésus est ni un Atlante ni un agent de la CIA. Bref, ça fait du bien.






Source : D.Convard, G.Chaillet, D.Falque, C.Gine, Paul, P.Wachs, Le Triangle Secret, Glénat, Grenoble, 2000.

Et tellement d'autres...

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Published by Ten-Retni - dans De la narration
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