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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 00:39

 

Jour 8 : Rentrés à Götesborg. Nous nous sommes reposés avant d'aller dîner local (un bon goulasch de derrière les fagots commandé dans un restaurant tchèque typique). Avons projeté d'aller à Stockholm. Medulli s'est montré peu enthousiaste (« Nan mais les gars, c'est que j'ai un partiel dans 5 jours, un dossier à rendre dans 6, et si je rate ça, c'est fini, j'aurais pas de rattrapages. J'aimerais beaucoup, vous savez, ça me fait royalement chier de pas pouvoir venir à Stockholm mais là, non, je dois vraiment bosser. »)

Trois heures, deux bars, six bières et un certain nombre de shots vodka-bonbons mentholés plus tard, nous avons réussi à ramener Medulli à de plus sages considérations (« MAIS OUAIS ! BALEKOUILLES ! ON VA A STOCKHOLM ! JE L'EMMERDE LE PROF ! CA VA ETRE TROP BIEN, OUAIS, ON...» - la fin de phrase nous resta inconnue puisque Medulli dut régurgiter à cet instant précis une partie de l'alcool susmentionné).


Comme disait sûrement Ibn Battûta : il n'est pas de destination à laquelle résiste la tentation du voyageur véritable.


 

DSCF0860.JPG

La vodka-bonbon mentholé guidant le peuple

(tableau allégorique, Pseudi-Ibn-Battûta, XXIème siècle, huile sur toile, collection Sabord)

 

 

Jour 9 : avons préparé le week-end à Stockholm, tels de jeunes et fougueux Rastignac modernes prêts à conquérir la capitale suédoise qui, de toute évidence, n'attendait que de succomber à notre exotique charme latin.


Aparté: nous nous enthousiasmons régulièrement depuis le début de notre séjour du prestige mérité dont jouit la race française dans ces nordiques contrées. Il suffit que nous ouvrions la bouche pour exprimer (en anglais bien évidemment, puisque personne – hormis quelques autochtones parait-il – ne parle le Früchtufruh) quelques propos pleins d'esprit sur le temps qu'il fait pour que nos interlocuteurs suédois affichent aussitôt un large sourire et demandent spontanément : «Aow, you're french, isn't it ?». Ah, braves Suédois !

Après avoir un peu réfléchi à la question entre nous, c'est devant le porche gigantesque de l'univerité scientifique de Göteborg que nous avons eu l'illumination. Sous le compas et l'équerre qui forment le blason de l'établissement, nous avisâmes en effet la devise gravée en majestueuses lettres d'or : « AVANCEZ ! ».1

Nous nous remémorâmes aussitôt l'histoire de ce brave Bernadotte, général de Napoléon devenu roi des Suédois. Nul doute que les autochtones reconnaissaient en nous les héritiers de leur souverains et nous manifestaient l'admiration qui nous était dûe. Fort satisfait de ce raisonnement, nous prîmes soin d'afficher un air modeste lorsque les aimables blonds nous demandaient en riant  « Aow, you're French, isn't it ? ». C'est qu'à force, nous commencions à être embarassés. Braves Suédois.

 

DSCF0849

La reddition de la Suède au charme latin.

(tableau allégorique, auteur inconnu, XXIème siècle, huile sur toile, collection Sabord)

 

 

Jour 9 (suite) : avons préparé notre voyage pour Stockholm disais-je. Medulli avait entendu dire qu'une meute de trolls des villes (trololi urbis) avait été aperçue dans les rues de la capitale. Celle-ci étant d'ailleurs située bien plus au nord que Göteborg (100, 150 km au bas mot), la douceur estivale n'y avait plus cours et le vent hivernal nous força à renoncer à veaux, vaches, cochons, tente, hamac ou belle étoile pour trouver un hôtel. Trempés dans les flammes impitoyables de la bulle immobilière parisienne, nous pensions pouvoir trouver ici gite confortable avec lit double à baldaquin et service d'étage compris sans avoir à débourser guère plus que nos sourires et menue monnaie.

Après les rapides recherches d'usages sur internet et fidèles à notre moralité de dénuement toute épicurienne, nous convinmes finalement de nous contenter d'une chambre dortoir low-cost, dans laquelle nous dormirions en nous passant du supplément payant « draps-couverture-oreiller », parce que « Finalement, est-ce qu'on a besoin de ça pour dormir ? Hein, non. Moi, tenez ! quand je faisais du camping dans les Alpes... », comme le résuma Bilow avec philosophie avant que nous l'assomions.

 

 

Jour 10, matin :  Après une bonne nuit de sommeil (sauf pour Medulli, que j'ai vu assis à son bureau devant une cafetière remplie et un livre de structure fractalienne du milieu interstellaire avant de m'endormir du sommeil du juste), nous sommes enfin arrivés dans la capitale de Suède.

Ah ! Vastes espaces de couleurs et d'antiques monuments où coulent, paisibles et lumineuses, les eaux pures du Stockholm Ström ! Ecrin de la civilisation scandinave, creuset de toutes les cultures, fourmilière incandescentes des activités humaines ! Ah, Stockholm !

  Dans le train, tandis que Medulli, les cernes jusqu'au menton, avançait ses révisions de partiels, shooté au café de la gare et isolé du monde extérieur par ses écouteurs diffusant les cris de gorets d'un groupe suédois de néo-punk-death-metal-experimental, je régalais Bilow d'un florilège de cocasses réminiscences de mon expérience amstellodamoise. Je lui vantai la capitale de Hollande, vastes espaces de couleurs et d'antiques monuments où coulent, paisibles et lumineuses, les eaux pures des canaux hollandais ! Je lui racontai également la fois où, en sortant de la gare et ne voyant aucune voiture, je faillis me faire renverser par une horde de cyclistes enragés quoique plus silencieux que le lynx.2

 

En sortant de la gare, avons caressé l'espoir que les stockholmois soient plus semblables à nos parisiens (ou aux cyclistes d'Amsterdam) : peine perdue. Malgré les efforts louables de Bilow qui se jeta comme une furie au milieu de la route, les voitures s'arrêtèrent consciencieusement dix mètres avant lui. Seul un policier nous lança un regard sévère et nous préférâmes nous éclipser rapidement.

 

DSCF0860.JPG

La victoire du sommeil sur le charme latin

- connue aussi comme L'allégorie de la structure fractalienne du milieu interstellaire -

(Tableau allégorique, Pseudo-Ibn Battûta, XXIème siècle, huile sur toile, collection Sabord)

 

 

1En Français dans le texte.


2Il oubliait que j'avais été à Amsterdam avec lui. Heureusement que Medulli s'est endormi dix minutes après le départ du train en bavant sur les structures fractaliennes du milieu interstellaires : j'ai pu en profiter pour lui voler ses écouteurs et échapper ainsi aux radotages hollandais. (Note de Bilow)

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Published by Ten-Retni - dans Carnet de voyage
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