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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 18:07

Jour 10, après-midi : arrivons devant notre hôtel low-cost, faisons le code récupéré sur internet pour tomber sur un escalier en haut duquel une bande de jeunes désoeuvrés se prélasse. Un panneau nous apprend qu'un réceptionniste est présent, tous les jours de 22h à minuit. Pour payer, une borne informatique est à disposition.Devant tant de chaleur humaine, nous décidons de poser nos affaires dans la chambre (un dortoir de 15m² environ, que nous partageons avec un groupe de surfeurs australiens et auquel un second code nous donne accès) pour aller profiter de la ville le plus rapidement possible (c'est-à-dire : tant qu'il fait encore jour, remarque Medulli avec sa sagesse autochtone). 

 

Une fois dehors, le soleil brille de mille feux et nous met de bonne humeur tandis que nous arpentons les bords des canaux / rivières / lacs qui serpentent au milieu de la capitale (à moins que ce ne soit la capitale qui sinue entre les eaux, comment savoir ?). Plein d'entrain, nous nous dirigeons vers le musée du bateau Vasa que nous voyons non loin, de l'autre côté du canal. L'absence de tout pont visible accompagné d'un petit vent vivifiant laissent cependant suggérer à nos pieds quelques futures amputations d'orteils et à Bilow ce bel aphorisme : « Le proche peut être loin et le lointain être proche. Oh, matez la fille qui vient de passer ! »

 

Arrivons au musée à 16h30, c'est-à-dire au moment de la fermeture. Pas rancunier pour deux sous, nous décidons d'y retourner le lendemain et d'aller flâner en attendant dans le cimetière voisin. Medulli aime les cimetières. Presque autant que les ancres nous dit-il, non sans préciser, avec un rire et un lèchement de babine qui nous inquiètent un peu : « mais ce que je préfère, ce sont les cimetières avec des ancres dedans ! »

 

DSCF0853.JPG

Une folle après-midi touristique, centre-ville de Stockholm.

 

 

Jour 10, soirée : Après toutes ces émotions, nous choisissons de rentrer à l'hôtel pour nous laver et nous transformer en bêtes du samedi soir. Un rapide coup d'oeil aux tarifs des transports en commun  — l'équivalent de trois euros l'aller simple, et une ablation du foie comme amende en cas de fraude — nous convainc rapidement de la salubrité d'un retour pédestre et vespéral. En recherche d'un endroit où manger typique et pas cher, nous nous rabattons sur un turc accueillant ayant le double avantage d'être voisin de notre hôtel et de proposer un buffet à volonté. Cerise sur le gateau, le snack possède un piano sur lequel un Libanais joue du chopin tandis que, entourés de jeunes, vieux, couples et familles entières d'immigrés, nous engloutissons assez de salade, boulettes de viandes et gâteaux au miel pour boucher instantanément les artères de n'importe quel nutritionniste qui nous verrait à l'oeuvre.

 

 

Jour 10, soirée (2ème partie) : Dix heure. Le réceptionniste est arrivé à l'hôtel, nous pouvons donc, modernes Rois Mages en mission, lui apporter à la file et en grande pompe les oreillers, draps et couvertures qui reposaient dans nos chambre en attendant de nous être facturés contre notre volonté. C'est qu'on ne nous la fait pas, à nous. Allégés de ces considérations matérielles, nous nous mettons en route à la recherche d'un bar.

 

 

Enfin un peu de repos pour le touriste dépaysé : un samedi soir à Stockholm ressemble à s'y méprendre à un samedi soir à Paris. Des jeunes gens bien vêtus mais tardifs font la queue devant des bars bondés ressemblant vaguement à des pubs. A l'intérieur, une foule de jeunes gens bien vêtus arrivés plus tôt s'entassent et discutent de choses diverses sur des fonds de musiques rocks. Seule différence notable : les jeunes Suédois, qui n'ont pas renoncé à leur lointain héritage viking, cultivent un look pirate très tendance. Apprenons ensemble à prendre un look de pirate suédois très tendance !

  — La barbe : Très important. Tout bon Suédois sentant l'hiver arriver (donc à partir de la fin août) doit commencer à se laisser pousser une belle barbe drue pour se protéger du froid et prouver sa virilité.

  — les arts corporels : grosse différence avec la France. En France, les tatouages et les piercings renvoient, au mieux, aux cercles fermés des gotho-punks ; au pire, au monde joyeux des taulards multi-récidivistes. En Suède en revanche, tatouages et piercings sont parfaitement acceptés et l'on verra le caissier du supermarché comme le cadre d'une grosse banque en arborer sans complexe. Nous soupçonnons même la fameuse tête de mort sur deux tibias croisés, un "DEATH AND DESTROY" de bon aloi ou le saint marteau de Thor d'apporter une aide non-négligeable dans les négociations ardues de contrats internationaux, pourvu d'être tatoués en gros sur les phalanges, la nuque ou le crâne rasé (car si le Suédois se laisse pousser la barbe pour lutter contre les températures polaires, il n'a pas autant de considération pour sa chevelure : le bonnet n'a pas été inventé pour les rennes). 

  — le snus : le Suédois se gausse de l'interdiction de fumer : la loi ne les empêche pas d'assouvir leur addiction au snus, cette sorte de pâte au tabac à sucer, qui donne au technicien-conseil-comptabilité du centre de Stockholm un petit air de baroudeur-chiqueur-du-grand-large en même temps que les dents noirs et les gencives trouées.

Résumons : barbe drue + tatouages + anneaux d'oreilles + un petit bout de tabac toujours coincé avec élégance entre la lèvre et la gencive = un néo-pirate à pub irlandais tendance du meilleur ton.

Précisons que la mode connait là-bas ses déclinaisons, la vie nocturne suédoise possédant, comme partout ailleurs, ses différentes tribus. Par exemple :  rajoutez au pirate une chemise à carreau boutonnée jusqu'en haut et des lunettes à montures épaisses, et vous obtenez un hipster. Rajoutez-lui des cheveux longs, vous obtenez un métaleux ; rajoutez-lui un blouson de cuir avec une tête de mort, vous obtenez un Hell's Angels. Rajouter tout cela à la fois sur la même personne n'a été testé qu'une seule fois : sur le capitaine du Vasa. On ne plaisante pas avec la mode.

 

Bref, les Suédois sont des pirates, et nous réussimes subtilement à nous mêler à la foule en volant la barbe de trois clients qui étaient allés vomir dans une ruelle adjacente.

 


 

NB : une rumeur tenace veut que the Pirate Bay tire justement son nom de la Baie de Göteborg, haut lieu de la piraterie moderne où se retrouvent quantité de hipsters suédois en des bars interlopes.

 

 




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Published by Ten-Retni - dans Carnet de voyage
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