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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 18:13
Habitué aux rigueurs estivales d'un climat chaud et humide, l'étudiant ne craignait pas la moiteur des journées trop lourdes qui engourdissent les esprit et font suer les corps.

De fait, la journée, il dormait, s'étant adapté aux modes de vie de ces contrées du Sud dont les rues, l'après-midi ondulent sous l'effet une chaleur pesante et ne redeviennent vivables que lorsque vient le soir, quand la température se fait supportable et que la brise se lève et que les humains, alors, s'éveillant de la sieste, abrutis et hagards sortent de leurs tanières.


Et en ces saisons moites où le temps même s'étire, où le soleil repousse et la piscine attire, la Nuit se fait longue, faisant sortir les hommes, accueillant les ténèbres, réveillant les bestioles.

L'étudiant, souvent, en quittant une soirée, aspire à un sommeil qu'il pense mérité. Mais la douceur du soir s'est faite toute relative: la venue de l'été a chassé la fraîcheur, et rendu inutile tous les ventilateurs. Les créatures nocturnes, assoiffées, primitives, s'ébrouent et s'élancent à l'affût de leur proie.

Immobile et couché, l'étudiant se tient coi. La moiteur l'engourdit, le sommeil ne vient pas, il attend, silencieux, et perçoit, résigné, le vrombissement fatidique de l'ennemi juré. Dans le noir, il le sait, quelque part il est là, cherchant où attaquer dans sa chaire bien tendre.




(L'attente de Morphée, O.Peterski, 1898, huile sur toile, 365 × 427, Peterski Foundation)



L'étudiant sait que sa nuit sera longue. Il n'a pas peur de se faire sucer son précieux sang écarlate et juvénile. Il ne craint point les démangeaisons terribles du petit matin. Les boutons disgracieux l'indiffèrent. Stoïque, il reste droit dans son lit. Mais des sueurs froides se mêlent à celles de la transpiration ! Car s'il ne craint rien de tout cela, il redoute, plus que tout, le "bzz" terrible qui terrassera Morphée. Ce n'est pas la chaleur qui l'empêche de dormir mais ce bruit de cauchemar, dont le timbre doux et ronronnant perturbe insupportablement la tranquille et silencieuse permanence de la nuit, fluctuant légèrement au gré du vol, erratique et sanguinaire, d'un misérable insecte dont l'enfermement nocturne ne saurait trouver de répit autrement qu'en se bâfrant jusqu'à la lie du précieux liquide pourpre !

Etendu et presque serein, il prévoit et appréhende la suite des évènements. De l'issue d'un duel désormais inéluctable dépendra la qualité de son sommeil et l'affirmation de la supériorité de l'homme sur l'insecte, supériorité dont des indices n'ont pourtant cessé d'affluer depuis l'invention du DDT, la Grande ExterminationCamarguaise (qui fait encore frémir les oeufs de moustiques dans leur eaux croupies) et le développement de l'aviation (on peut d'ailleurs penser à la célèbre phrase prononcée par les frères Wright à l'issue du premier vol de leur aéroplane Flyer : "Ah! Ah! Dans l'cul l'moustique!").

Lentement, très lentement, avec la précaution infinie d'une reptation prudente, la main de l'étudiant glisse subrepticement vers son arme favorite : le journal. Un de ceux avec des agrafes. Un peu large. Mais pas trop. Pour qu'il tienne bien en main. Et suffisamment grand, attention, pour qu'on puisse atteindre sans problème le plafond.



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Published by Ten-Retni
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commentaires

barbe noire 20/10/2009 11:04


... c'est flippant...
sans dec', j'aime bien...


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