Remarques diverses et variées sur différents sujets, plus ou moins culturels, pseudo-profonds et même vaguement ironiques voire humoristiques par endroit.
Dans ce blog, nous parlerons des différents genres de manga, et nous allons commencer par le shônen, c'est à dire le genre de base pour jeunes adolescents boutonneux (qui constituent la majeure partie du vaste public français des amateurs de manga):
Comme rien ne vaut une bonne illustration, on prendra le thème bateau au possible pour ne pas dire fondamental du shônen : la baston et, pour ne pas avoir à parler d'un arrière-plan historique ou d'un univers trop complexe, on va partir d'un fait d'actualité régulier (vous en aurez forcément au moins vaguement entendu parler, un jour, au détour d'une quelconque conversation): la guerre en Irak. L'histoire de base se déroulera donc dans un pays inconnu mais quand même fortement désertique et oriental avec des forces étrangères qui luttent contre un méchant dictateurs et des terroristes. On partira même d'une base militaire japonaise (oui oui vous avez bien lu) située n'importe où dans le pays:
Un bureau, simple, sobre, avec un drapeaux japonais sur le mur du fond et de quelconques ustensiles de bureau placés là pour faire crédibles (stylos, papier, dossier volumineux avec de préférence un bandeau, collé légèrement de travers, portant l'inscription "top secret" en gras et en majuscule – et évidemment fermé donc mystérieux).
Derrière ce bureau, un homme aux cheveux longs (caractéristique importante du manga retenez bien amis lecteurs) et portant un uniforme de général (on le devine aux nombreuses décorations informes et ne correspondant en fait à rien qui se situent sur la poitrine ainsi qu'aux épaulettes très épaisses et pleines de fioritures).
Il est jeune et beau, c'est un dire clairement androgyne. Il porte des lunettes – traduisez par : il est sérieux- mais également un pistolet au côté – traduisez par: j'ai peut-être l'air franchement efféminé mais on est en guerre attention.
Soudain, une jeune fille entre tandis que le général (on va l'appeler comme ça) referme le dossier volumineux qu'il compulsait distraitement (car étant grand et androgyne il se doit d'être flegmatique et d'entretenir un air détaché même lorsque cela concerne des opérations militaires de grandes envergures mettant en jeu des dizaines de milliers de vie humaines en grande partie civiles), renforçant le soupçon que pouvait commencer à avoir le lecteur : ce dossier volumineux est bien mystérieux et/donc important! (cependant je vous rassure on n'en entendra plus parler par la suite).
La jeune fille : brune, petite, avec de gros sein et des grands yeux. En effet c'est un personnage plus que secondaire, une simple secrétaire, pas besoin de signe particuliers lui conférant une grande intelligence (après tout c'est une femme) ni une grande énergie (sans quoi elle eût été blonde et serait entré en faisant claquer la porte juste pour le plaisir). A la limite rajoutez-lui des lunettes, ça renforce son côté timide et réservé et ça fait fantasmer le lectorat moyen.
La secrétaire annonce que le caporal Yuki est arrivé. Oui c'est un nom bateau et ridicule mais c'est normal : c'est le héros. Il est caporal, c'est à dire qu'il a pris du galon car c'est un bon, mais il n'a pas trop pris de galon non plus car c'est un homme encore jeune et simple, donc plus proches du lecteur, qui aime bien s'amuser –ce qui est contraire avec un grade trop élevé qui nécessite de la discipline, des responsabilités et tout ce qui n'est pas "cool".
Après acquiescement et léger sourire bienveillant du général (voir la note sur les sourires dans les mangas), la secrétaire s'en va et entre le dénommé Yuki. Ce dernier n'est pas très grand, blond, coiffé d'une façon qui défie les lois de la physique les plus élémentaires (même avec des litres de gel) et arbore en entrant un sourire à la fois triomphant et jovial (qui constituent un élément récurrent de la représentation du héros de shônen car montrant que le héros est fondamentalement "cool"). Il a bien sûr de grand yeux et parle un peu fort en saluant de façon assez peu militaire son supérieur (car, disons le tout de suite, le héros de shônen se doit d'être une forte tête et une grande gueule).
Le général, fin connaisseur de l'âme humaine, sait que les hommes de valeurs sont aussi des fortes têtes et des grandes gueules. Il conserve donc son sourire bienveillant en le déguisant peut-être sous un léger masque un peu réprobateur histoire de faire genre (exemple: il baisse les yeux pour cacher son sourire bienveillant et sous-entendre qu'il est faussement exaspéré).