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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 00:29
Aujourd'hui, nous allons parler de ce qui fait la différence entre un personnage réussi et un personnage raté; aujourd'hui, je vais vous parler d'un travers narratifs qui afflige, trop souvent hélas! les films, séries, BD et romans que nous lisons et laissons lire parfois trop complaisamment à notre innocent entourage.

Aujourd'hui, je vais vous parler (profitant de manière un peu facile je l'admet de la sortie au cinéma d'un film visible dans toute les bonnes stations de métro parisien) du syndrome de Largo Winch, qui est en quelque sorte un syndrome de Wismerhill aggravé.
"Un syndrome de Wismerhill aggravé?!" vous exclamez-vous surpris et horrifié qu'une telle chose puisse arriver, "et bien oui" suis-je obligé de vous répondre d'un ton sentencieux et grave comme il convient à ce genre de révélation.



On peut parler de syndrome de Wismerhill aggravé pour deux raisons essentielles:

-le syndrome de Wismerhill touche des personnages dont l'aventure se résume à une montée en puissance tellement irrésistible et démesurée qu'elle en perd tout intérêt. Cependant, il faut bien reconnaître que le personnage des premiers tomes reste un personnage à peu près normal.
Le syndrome de Largo Winch, lui, ignorant les lois fondamentales du jeu de rôle (la montée de niveau progressive et quasi-algorithmique), ne passe même pas par ces débuts initiatiques, il va droit au but. Ce qui n'est que le résultat final, l'apothéose de l'histoire d'un wismerhill, est l'état initial d'un largo winch (état initial qui n'aboutit à aucune déchéance bien évidemment).

-le syndrome de Wismerhill se situe souvent (ne serait-ce que dans son archétype, Les Chroniques de la Lune Noire) dans une diégèse («univers spatio-temporel désigné par le récit » [Gérard Genette, Figures III]) non-réaliste qui permet éventuellement au lecteur perspicace de faire preuve de mansuétude et de prendre des distances avec le personnage ("boah, c'est n'importe quoi, mais bon, il y a des dragons, alors c'est bon, on va pas chipoter").
L'auteur, qui a mis toutes ses frustrations et phantasmes dans son wismerhill, a pris soin de les cacher derrière le voile léger et pudique du merveilleux. 
Le créateur du largo winch, lui, non.

Maintenant, plus concrètement, étudions le syndrome de largo winch à travers son cas d'école : le personnage de Largo Winch.


En peu de mot, le syndrome de Largo winch affecte tous les personnages d'un quelconque support narratif qui se définissent par une accumulation éhontée de toutes les qualités possibles et imaginables.
De tels personnages incarnent un idéal féminin ou masculin indépassable dans lequel l'artiste jette sans doute toutes ses frustrations et phantasmes afin de combler toutes les mesquineries de son absurde existence d'humble mortel (mais il faut dire que, curieusement, pour des raisons sans doute purement racoleuse et peut-être parce que les scénaristes sont le plus souvent des hommes, l'idéal est presque tout le temps masculin; l'idéal féminin existant effectivement, en général sans autre raison que celle de finir -brièvement- dans le lit de l'idéal masculin; mais c'est un autre sujet, restons concentrés).

Un largo winch incarne une telle perfection qu'il en perd toute crédibilité; mais, et notons bien ce mais car il est primordial, ce ridicule n'est en aucune sorte assumé par l'auteur qui au contraire cherche à renforcer le sérieux de sa chère création en l'encrant dans une diégèse  qui se veut le plus proche possible de notre réalité (regardez Largo Winch : personnage d'une BD dont l'histoire se passe à la fin du XXème siècle, avec des dessins précis, des personnages proportionnés, sans gros nez, avec pleins de petits traits et des rides).




PS: je me suis dis que j'allais essayer de mettre des textes plus courts désormais, en les coupant si nécessaire en  plusieurs parties. Vous devriez donc avoir droit dès demain (tout à l'heure pour être exacte) à la suite et fin de cet article. Je le fais essentiellement pour votre confort puisque j'ai cru comprendre que certains trouvaient mes textes parfois un peu longs (un peu trop "blonk" serais-je tenté de dire). Donc c'est en fait à vous de dire si vous préférez des textes plutôt courts qui se suivent (et peuvent donc obliger à revenir vers l'article précédent pour avoir le texte complet) ou des textes longs d'un seul bloc (même si de toute façon les textes trop denses et/ou à épisode resteront en plusieurs parties, la question concernant la longueur des parties)?

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Published by Ten-Retni - dans De la narration
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